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Admin Admin

Nombre de messages: 65 Date d'inscription: 18/11/2007
 | Sujet: Du côté de Treigny Mer 13 Fév - 14:58 | |
| Dans les bois de Treigny traine depuis des générations une triste légende :
La légende des Neuf-Pas
La terre semble avoir horreur du sang humain, remarquait P. Sébillot, en relevant les multiples légendes ayant trait à des personnages morts de mort violente et qui, tombant sur le sol, y ont dessiné la figure de leur corps ou de leurs pas ("Folklore de France"): la Bretagne est riche en récits de ce genre, mais nous avons en Puisaye, avec le Bois des Neuf-Pas, un exemple particulièrement frappant, conté voici trois-quarts de siècle au chanoine Grossier par le père Louis Foumerat du hameau des Midis, et dont nous avons résumé certains passages.
Reculons en des temps très anciens, sur la paroisse de Treigny, dans le petit hameau des Révillons situé au penchant d'une jolie vallée qui regarde se lever le soleil sur les hauteurs de la Forterre. Là vivaient deux familles qui étaient en contestations graves pour des lieux relevant du baillage de Saint-Fargeau. Ces disputes fort fréquentes jadis à la campagne, produisaient des haines dont on peut difficilement se faire l'idée. Le procès durait depuis longtemps. Il allait enfin être jugé après expertise et contre-expertise".
Se trouvaient opposés " un homme puissant, avare et méchant" et " une toute jeune femme, hier orpheline et aujourd'hui veuve après un an de mariage". La pauvre était sûre de son bon droit et tout le pays était pour elle. Elle partit donc, confiante, pour Saint-Fargeau, mais on était au début de novembre et il y avait trois lieues à parcourir
" Elle était arrivée à l'extrémité du plateau qui regarde les bois de Guédelon, de Boutissaint, des Renardières. Elle allait descendre la vallée du Gué. L'aube timide et pâle s'était levée, la lumière brumeuse d'un triste matin d'automne commençait à éclairer les espaces indéfinis des Gatines, domaine immémorial des fougères, des bruyères, des genêts et des ajoncs"... et devant ce paysage familier, " tandis que son passé lui remontait au coeur, la mélancolie entra dans son âme". Triste et tremblante de crainte, priant la Vierge, elle poursuit sa route... "Quelque chose à remué dans le bois! Soudain, devant elle, au milieu du chemin, un homme est apparu. Il ricane avec férocité et tient son fusil à la main. C'est le voisin, l'ennemi, redouté, qui va se précipiter sur sa victime. Mais elle l'a vu et fuit bien vite, à gauche, dans les bois. Elle glisse et court de toutes ses forces sous les branches. Le terrain, hélas! est montant et les arbres sont déjà effeuillés. Son adversaire la voit et la suit, en proférant des cris de mort. Après quelques centaines de mètres, ses forces la trahissent. Elle se sent lasse et brisée. Son visage est déchiré de ronces. Ses vêtements sont en lambeaux. Elle vient de traverser un fossé et elle s'arrête, essoufflée, sans pouvoir avancer. C'est une proie facile pour le crime. L'homme arrive tout près. Il épaule son long fusil à pierre et tire à bout portant.
La victime a poussé un grand cri et, debout, douloureuse, affolée, les deux bras tendus en avant, comme pour défendre une vie plus aimée que la sienne (celle de l'enfant qu'elle porte), elle fait neuf grands pas... puis tombe de tout son long ensanglantée dans les feuilles mortes du taillis". Le criminel, froidement, cache son fusil sous les herbes, soulève le corps inanimé, le charge sur ses épaules et s'empresse de gagner l'étang de Guédélon. Là, il pose à terre sa victime, lui attache une pierre au cou et la précipite dans " le gouffre liquide".
Il revient alors chercher son fusil qu'il avait laissé à l'endroit du crime. "A peine arrivé, comme il avançait pour enlever les taches de sang à l'endroit de la chute du corps, il s'empêtra dans les traces de pas profondes de huit à dix centimètres, et empreints dans le sol au milieu des bruyères et des herbes. Horreur! il reconnaît les neuf pas que la pieuse femme avait faits avant de tomber morte! Il recouvre les empreintes mystérieuses de feuilles et se promet de revenir le lendemain les détruire avec sa pioche, puis retourne chez lui, en errant dans les Gatines, le long des haies, à la façon d'un braconnier. Il revint le lendemain avec sa pioche, détruisit les pas et repartit rassuré. Huit jours après, il revint. Chose horrible et étrange: les pas étaient encore là! Il les détruisit de nouveau plus profondément. Il revint et les retrouva encore. Pendant des mois, pendant des années, il revint et piocha, et remua, et pila, et écrasa la terre avec acharnement. Peine inutile: les pas réapparaissent toujours".
Avec le conteur, nous retrouvons le misérable errant dans les bois du crime... Il fut surpris, traité d'assassin... et il mourut "après avoir peut-être fait des aveux qui ont fixé la légende". Sa famille hérita de son déshonneur... elle a d'ailleurs disparu du pays depuis longtemps. D'après une tradition, quand le dernier descendant du nom aura disparu, les pas s'effaceront d'eux-mêmes. Ce jour n'est sans doute pas encore arrivé" ... "Autrefois, quand le grand vent des nuits d'automne et d'hiver soufflait en tempête du côté de Guédélon et de la région des étangs, les anciens du Chaineau, village le plus proche, trouvaient ses plaintes si tristes qu'ils y devinaient des sanglots: -Ecoutez, disaient-ils, ces longs gémissements! Ce sont nos bois qui se plaignent d'avoir été profanés par un crime abominable. C'est la femme des Neuf Pas qui pleure son enfant!".
Je me suis laissé dire que la fée Mélusine n'était pas étrangère à cette affaire..... Merci à C Richard pour la photographie
Dernière édition par le Mer 13 Fév - 16:11, édité 1 fois |
|  | | Admin Admin

Nombre de messages: 65 Date d'inscription: 18/11/2007
 | Sujet: Re: Du côté de Treigny Mer 13 Fév - 15:07 | |
| Autre texte Par Michel LEGRAND - Texte publié dans le Numéro 8, Hiver 2006, du Journal CaracTerres, Journal Du Pays de Puisaye-Forterre
LA LEGENDE DES NEUF PAS (Légende de Guédelon)
Au hameau des Révillons prés de Treigny, vivaient deux familles en litige pour des droits sur un héritage et deux bornes limites déplacées. La Broisine, veuve depuis l'été, après un an de mariage, et cependant enceinte, devait défendre ses droits et ceux de cet enfant à naître face au voisin avare et méchant.
L'affaire, portée devant le bailli de Saint-Fargeau, se jugeait en cette fin d'année. Nulle route n'existait à cette époque et, pour plaider sa cause, Broisine avait donc près de 3 lieues (12 km) à parcourir par les vieux chemins de traverse. Accompagnée de son cousin Phorien, elle a longuement attendu son tour, parmi les chicanes paysannes, avant de gagner son procès. Il est donc fort tard quand elle quitte la salle du tribunal, son cousin s'attardant dans !es cabarets pour savourer cette victoire, en promettant de la rejoindre vite.
Satisfaite, mais pourtant frissonnante d'appréhension, elle repart par la forêt. Elle se sent bien isolée au milieu de cette nature glaciale, dans ce silence absolu. Soudain, un léger bruit, comme un crissement de feuilles!... Quelque chose a remué. Au milieu du chemin un homme est apparu, un fusil à pierre à la main. II ricane sournoisement. Une fuite éperdue à travers les ronces, sous "fouels" (hêtres) et charmes. L'homme rejoint sa proie, épaule et tire à bout portant. Encore neuf pas de douleur et... le silence. Seul le vent pleure à la cime des grands arbres. La Broisine gît, ensanglantée. L'homme cache son fusil sous les basses branches, charge le corps sur ses épaules et s'en va en direction de l'étang de Guédelon tout proche. Une pierre au cou du cadavre, un bruit sourd, un clapotement sur le rivage : le crime sera-t-il à jamais ignoré et impuni? Le criminel revient chercher son fusil à l'endroit du forfait mais s'empêtre dans des empreintes que la lune éclaire : neuf pas, les derniers de sa victime. Troublant ! II recouvre les lieux de quelques feuilles, se promettant de revenir le lendemain pour effacer toute trace de ce forfait. Peine perdue, car semaine après semaine, de nouveau il pioche, tasse, écrase la terre, détruit plus profondément les pas, mais inexorablement ceux-ci réapparaissent. La justice ne retrouva pas le criminel, mais l'opinion publique s'émut, s'inquiéta de voir cet homme sinistre toujours roder dans les bois. On l'épia, le surprit. Avoua-t-il avant de mourir, fixant ainsi la légende? Liens utiles : ( www.pays-puisaye-forterre.org et www.maison-puisaye-forterre.com ) |
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